Avant toute chose, et pour évacuer la moindre ambiguïté, je dois avouer que je n’ai jamais entretenu de relations personnelles avec Carlos Ghosn. Comme j’ai pu le faire avec d’autres grands acteurs de notre univers professionnel. Voilà qui me met d’autant plus à l’aise aujourd’hui pour prendre sa défense, alors que les rats quittent le navire. Sans surprise. N’est-ce pas leur caractéristique première ? Usant de mon penchant coupable pour les jeux de mots, et les mauvais de préférence, j’avais d’ailleurs commis un titre plutôt prémonitoire en décembre dernier : l’anti-Ghosn prend racine !

C’est peu de dire en effet que la présomption d’innocence de l’accusé est bafouée. Elle est « pulvérisée ». Par Nissan, d’abord. Par Renault, ensuite. Et pire, par la France. Pourquoi pareil tir groupé ? Pourquoi pareille précipitation ? Oh, très simplement, parce que Ghosn est déjà condamné. Avant même que d’être jugé. Quand vous avez le malheur d’être mis en examen, au pays du soleil Levant, vos chances d’acquittement relèvent du miracle. Il faut le savoir. Les juges suivent les procureurs les yeux fermés, sans trop s’interroger. Le fameux consensus à la japonaise…

Autant donc ne pas se faire d’illusion : non seulement la messe est dite, mais le mal est fait. Même si Ghosn venait à être acquitté (on peut croire aux miracles, à défaut de croire à la Justice…), même s’il était reconnu innocent des charges qui l’accablent aujourd’hui, comment pourrait-il jamais s’en relever ? Sa fierté, sa gloire, son image, sa légende… tout ce qui faisait de lui un capitaine d’industrie d’exception, tout a déjà sombré ! Sans espoir de retour. Vanitas vanitatum…

Question : la France et son automobile, dont Ghosn aura écrit quelques-unes des plus belles pages, n’ont-elles pas un devoir d’assistance et de défense de ses droits les plus élémentaires ? Le Japon, membre à part entière des Nations-Unies, n’a pas co-signé par inadvertance la déclaration universelle des droits de l’Homme et du Citoyen. Sa signature l’engage moralement et juridiquement, et Paris serait bien inspiré de le lui rappeler. Voire d’imaginer d’autres moyens, moins diplomatiques et plus efficaces, de se faire respecter. Une démarche offensive qui ne manquerait pas d’être utile dans l’épreuve de force, longuement mûrie par la partie nippone et dont on voit les prémisses, autour de la gouvernance de Nissan et plus encore de l’Alliance.

À défaut de sauver le soldat Ghosn, donnons-lui les moyens de se battre. Avec de vrais avocats et en pleine lumière. Et une fois jugé, quelle que soit la sentence, ramenons-le chez nous ! Il n’a ni tué, ni violé !

Publié par Pierre Mercier le mardi 29 janvier 2019